Résumé
Lorsque Maô, étudiante timide et solitaire, fait la connaissance de Yotsuba, une employée dans la supérette où toutes les deux travaillent, elle a bien du mal à envisager l’avenir. C’est en réalité le point de départ d’une série de rencontres qui vont bouleverser son existence.
Il y a bien sûr Yotsuba, qui a grandi au sein d’une famille de restaurateurs ayant fait fortune au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ; Miako, une artiste qui a vécu une adolescence tempétueuse et des amours contrariées ; Mai, une enfant-star malgré elle aujourd’hui hantée par le passé…
Année après année, les fils de ces différentes vies se tissent et forment sous les yeux de Maô un tableau vivace et émouvant, fait de drames, de regrets mais surtout de solidarité.
Un portrait éclatant du Japon depuis la fin de la guerre, qui explore avec finesse le regard de la société sur les femmes et la liberté à laquelle elles aspirent.
Des retrouvailles attendues
Asako Yuzuki est l’autrice du roman Le beurre de Manako, son premier traduit en français. J’avais particulièrement aimé ce texte. Bien sûr, il faut compter avec la part de traduction. Je n’ai pas eu accès directement à sa prose et il faut le prendre en compte.
Mais cela n’a pas pas empêchée d’être transportée par le récit et ses personnages. J’avais donc hâte de découvrir La couleur des perles. Et d’ores et déjà, je sais que j’attendrai chaque nouveau roman traduit de cette autrice comme un rendez-vous.
Une histoire de femmes
C’est le cœur du réacteur pour le dire rapidement. Ce récit s’articule autour de différentes figures féminines, ne laissant que peu de place en toile de fond pour des protagonistes secondaires masculins. Mais, pour autant, on ne tombe dans aucun excès. C’est féministe sans être caricatural. Ces femmes sont fortes et capables d’entraide, sans que ce soit le texte d’une sororité parfaite et fantasmée. On découvre des voix fortes, des parcours de vie plus ou moins heurtés et la capacité de s’en relever.
Pour moi, c’est en mettant en scène des personnages complexes que l’histoire prend de l’épaisseur et accroche le lecteur et la lectrice jusqu’au bout. Au fil de la lecture, j’ai pensé à deux autres livres de femmes, sur des femmes. L’inventaire des rêves de Chimamanda Ngozi Adichie et Les Bracassées de Marie-Sabine Roger. La beauté de ces personnages féminins ne résident pas dans une simple beauté physique, de façade. La beauté germe dans leur force de vie et dans leur détermination.
Le pain de la bouche
Lorsque j’ai entamé la lecture de La couleur des perles, j’avais sûrement besoin de douceur. Ainsi, j’étais ravie de voir Maô se rapprocher de sa nouvelle amie Yotsuba. Ravie de la voir regarder sa vie différemment et commencer à opérer quelques changements. Un happy end après quelques pages ? Pas du tout.
Sans révéler quoi que ce soit qui gâcherait le plaisir de découvrir ce livre, je peux dire que j’ai eu la sensation qu’on me retirait le pain de la bouche ! Et j’ai dû surmonter un petit moment de déception. Avant de comprendre. Le cœur du texte n’allait pas se trouver là où je le pensais.
Au-delà et au coeur de l’interpersonnel
En effet, ce texte ne se limite pas à l’histoire d’une amitié. Ou le récit, un peu saga, d’une famille sur trois générations. Ce roman nous invite à la réflexion sur nos vies actuelles. C’est très ancré dans le quotidien du Japon bien sûr, mais on peut aisément s’identifier.
Il m’a fallu du temps pour comprendre la temporalité choisie par l’autrice. Je me disais, de si grandes ellipses temporelles ? Pourquoi ? Parce que ce n’est pas le temps des gens qui rythme l’intrigue. La temporalité est celle de l’argent. De la dette. Qui peut dire que cet impératif ne passe pas avant toute chose dans une vie ? Épée de Damoclès pour la majorité. Et c’est particulièrement vrai au Japon pour les jeunes générations qui démarrent la vie active avec le poids des dettes pour payer les études.
Avec cette lecture un peu plus politique, sociologique, on pense autrement à l’histoire qui se déroule sous nos yeux.
Le jeunisme à l’épreuve des faits
Une autre réflexion sur ce texte. Dans des sociétés occidentales, ou associées à ladite culture occidentale, point de salut passé vingt-cinq ans pour une femme. Affamez-vous, maquillez-vous, dépensez votre argent en produits miracles anti-rides. Anti-réalité.
Mais que nous donne à voir Asako Yuzuki ? La réalité bien cachée. La vingtaine n’est pas la meilleure décennie pour les femmes. Angoisses, tâtonnements, dettes, “erreurs de jeunesse”. Comme pour tout. En avançant, on apprend, on fait davantage face. Et on trouve enfin le temps de se retourner et de tendre la main pour une autre femme qui en a besoin.
Je recommande ce livre avec chaleur, j’espère qu’il trouvera un écho pour vous !




