Résumé
Lucas Corso, mercenaire de la bibliophilie et chasseur de livres, reçoit la double mission d’authentifier un chapitre manuscrit des Trois Mousquetaires et de déchiffrer l’énigme d’un étrange livre, Les neuf portes du royaume des ombres, brûlé en 1666, et qui selon la légende permet de convoquer le diable. L’enquête de Corso le promènera de Tolède à Cintra, au Portugal, et de là aux bouquinistes du Quartier latin.
Défilent d’insolites personnages, y compris une mystérieuse jeune femme qui suit Corso pas à pas, ainsi qu’un couple inquiétant qui semble sorti tout droit des Trois Mousquetaires, tandis que dans un endroit secret l’ombre du cardinal Richelieu tire à travers le temps les fils d’une intrigue à mi-chemin entre la réalité et la fiction.
Lire n’est jamais une occupation innocente. Un livre peut se transformer en un piège mortel, telle est la conclusion de cette histoire fascinante.
Le destin de nos livres
Je fais partie de ces gens qui se disent oh mon dieu j’ai adoré ce roman, je le relirai c’est certain ! Et puis le temps passe, on lit plein d’autres textes… Et on n’a pas le temps ni l’envie de se retourner sur ceux qui nous avaient tant plu. C’est exactement ce qu’il s’est passé pour moi pour ce Club Dumas. On me l’a offert, je pense que j’étais adolescente. Il traîne depuis dans ma bibliothèque. Il a survécu in extremis à deux désherbages.
Et ça y est. Il est revenu sur le devant de la scène. Sur un coup de tête, je me suis replongée dans sa lecture. J’en ai tout oublié, à part la très bonne première impression…
Une relecture addictive
Et tout de suite, j’accroche à nouveau ! C’est bien construit, bien écrit… Et très érudit. On est sur le principe d’une enquête donc c’est assez banal. Mais dans quel milieu de rêve ! Le marché des livres anciens et autres incunables !
Dans un sens, c’est la littérature qui écrit sur elle-même. On est plongés avec les relieurs, les libraires spécialisés et les chasseurs de trésors. Ici, les livres rares. Comment ne pas adorer cette atmosphère ?
Je suis toujours très sensible aux auteurs qui réussissent parfaitement à retransmettre la matérialité des objets. Leur sensorialité aussi. Ici ce sont les cuirs des reliures, les particularités des papiers des siècles passés. A côté de l’enquête, ces passages ancrent le récit dans une réalité précise et magnifique.
La caution de réalité
Le choix de la narration par un personnage secondaire, mis au courant de tous les détails bien après les faits… Et qui prend sa plume pour tout nous raconter… C’est le clin d’œil assumé et nommé à Watson et Holmes. Et c’est aussi un procédé qui était beaucoup utilisé jusqu’au XIXe siècle. On essayait par là de convaincre de la véracité de l’histoire. Ce n’est pas de fiction, tout est vrai ! C’est le cas pour La dame aux camélias par exemple.
Bref, un passionné de littérature et de livres ne peut que se régaler.
A l’aventure avec le anti-héros
Et c’est parti. On se laisse embarquer par cette enquête de haut vol. Peut-être dans tous les sens du terme ! Le héros, Lucas Corso, n’est pas le type demi-dieu grec ou machine de guerre bodybuildé.
On est sur un autre archétype de ce type de récit, bien plus fin et subtil… C’est le filou qu’on ne voit pas venir. Qu’on ne regarde pas deux fois. Celui qu’on méprise toujours un peu aussi. Il est ouvertement manipulateur, mercenaire sans états d’âme. Comme dans La rose de Saragosse, roman qui joue aussi de loin avec les codes du roman de cape et d’épée. Même si le cœur de son propos est ailleurs. C’est un héros dans la veine du commissaire Adamsberg. Un cérébral patient et pugnace. Qui va au bout des mystères…
Des énigmes à foison
Car ce n’est pas le genre d’enquête où vous découvrirez le tueur au milieu du texte. Les fils ne sont pas gros, et ils sont très bien emmêlés 😀 C’est un pur moment de plaisir de lecture. On élabore des théories, réduites à néant au chapitre suivant ! Bref, il faut se laisser porter et apprécier le voyage.
Un livre très années 90
Le seul bémol que je pourrais mettre, serait sans doute le sous-ton de machisme latent dans les interactions avec les personnages féminins ou lorsqu’une femme est simplement évoquée. Et même sur les portraits très stéréotypés.
Sur ce point, le temps a passé… On en a soupé des mecs virils qui affirment leur position par des propos graveleux. Mais bon, on va dire qu’il faut replacer dans le contexte. Le roman date de 1993, autre temps, autres mœurs.
En résumé, pour tous les lecteurs et lectrices qui ont aimé Le nom de rose et qui se languissent d’un bon roman d’aventure intelligent, le Club Dumas est un titre à retenir !




